07/02/2010
Le cul du XVIe
Ne pas oublier que l'on vivait sous l'étouffement des curés, qui avaient droit de regard absolu et de farfouillage dans toutes les vies. Quelle horreur. Mon Dieu quelle horreur. Et l'on ne s'en rendait pas compte ? L'accoutumance tenait lieu d'anesthésie ? Nous sommes donc bien libres, à ce compte ? Essaye voir de faire une pièce de théâtre sur les islamistes ou les féministes ou les antiracistes, et il n'y aura pas d'insultes de basse espèce ou de menaces que tu ne reçoives, à l'instar de l'auteur du "Tartuffe"... Molière est banal, disais-tu, pauvre cloche ? La note 682 te dira qui était ce "sieur de Tays" : car ce pauvre Brantôme, qui ne voulait froisser aucun délicat, s'est vu déposséder de tous ses anonymats par les chercheurs.
Et seul l'historien désormais se soucie de ces Seigneurs et Dames : Jean de Taix, chevalier de l'ordre – quel ordre ? Alors gentilhomme de la Chambre – qu'il était dur d'accéder à ces hautes personnes, et comme tout paraissait immuable, sur ce plan du moins de l'organisation sociale ; mais on n'y pensait pas, de même que seuls les gueux contemporains s'imaginent un jour mettre à bas toutes nos contraintes, pratiquer l'échangisme et la pédophilie, abolir les financiers et leurs fortunes, qu'ils utilisent à présent (je commence à le savoir) afin de refaire la Galerie des Glaces ou autres dépenses somptuaires ; bien sûr, ils rencontrent de grosses sommes à blanchir, et des mafias diverses ; mais il paraît que c'est inévitable, dès lors qu'on se livre à l'affairisme international : les trafiquants d'armes, de drogue et de filles ont leur mot à dire...
Plus tard capitaine général de l'infanterie, puis grand maître de l'artillerie à la mort de Galiot de Genouilhac (21 janvier 1547). En 1547 mort de François Ier, 52 ans, de la maladie de la pierre. Pourquoi faudrait-il l'excommunier ? De ce qu'il ne veut pas baiser ? Parce qu'elle l'aymoyt,et lui ne l'aymayt point. Friponne et feu au cul. C'était comment, les femmes, en ce temps-là? On s'envoyait une paysanne en faisant bâtonner le mari ? J'étouffe, en vérité j'étouffe. Commenter ce temps-là en pharmacien Homais me gonfle bien. Recopie, recopie, comme Sollers. Et qu'il est maudit, et est celui excommunié qui n'ayme point, s'il est aymé. ...Que les Grands pouvaient tout se permettre ? Qu'ils étaient les seuls à pouvoir vraiment vivre ? Avec toutes les fantaisies possible ? Nos faits-divers ne regorgent-ils pas aussi de toutes ces choses, pourtant vécues aux niveaux les plus démocratiques et populaciers ? "Ils l'ont fait", dit la rubrique. "Je n'ai rien à dire", disait B. au micro pas plus tard qu'hier soir. Le pape, estonné de ces demandes – un plan.
Je veux un plan, du raisonnement, l'indulgence pour ma sincérité, j'aurai donc espéré jusqu'au bout. Ça va passer. Ça va passer. Et s'estant enquis au roy qui elle estait, sceut ses causeries et en rit son saoul. Je veux un pape qui sache rire.
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05/02/2010
Les pédoques du XVIIIe
ELIAS découvre des cerises, des fraises, des pommes de saint-jean, au hasard des housses soulevées, à l'instar d'un prestidigitateur. Hüls :
"Rien qu'une sonate."
Fels s'assoit au clavecin.
Hüls est perché sur un accoudoir, les pieds parallèles. Dans l'intervalle des pauses et des soupirs, on entend Wallenstein frotter sa gourmette. "J'ai un cheval à moi, à présent", pense Hüls.
Elias joue, multipliant les trilles, accouplant les claviers – le coin de l'œil vers le public, comme toujours. Hüls ne semble jamais à son aise, où qu'il se trouve; les plus moëlleux fauteuils lui sont des carcans : il se tient là comme supplicié, les épaules montées, le regard sans consistance. "Le voilà comme un bécasseau", pense Elias. "Cette espèce-là n'attire pas le jupon." "J'intitule cela L'exilé de Füchsen dit-il à haute voix. "Füchsen ?" répète Hüls, rembruni. C'est là que la Reine-Mère consumait son exil, sous le règne précédent ; c'est là qu'il avait pansé lui-même certains mauvais chevaux d'un certain ...mauvais orchestre ; quelle joyeuse bande avait secoué ce jour-là les dévotions de la vieille Wilhelmina !
...Par quelles danses sur l'herbe s'était achevée la visite ! Et Elias, ou peut-être un autre, sautait plus haut que quiconque par-dessus les barriques... Hüls se force à rire. Elias plaisante: "Monsieur Hüls, vous voici donc Graf von Hützeldorf ? und Barstatt-Mandegen ? c'est une réussite ! Dois-je vous envier ?" Ils rient tous deux. "Au diable le panache !" s'écrie Hüls en se découvrant. Je ne serai jamais gentilhomme. - Ni moi non plus. - Tu es mieux logé que moi ! "Moue dubitative d'Elias, désignant de la tête l'amoncellement de meubles. "...plus spacieusement, en tout cas ; j'ai dû me contenter d'une soupente, que ce vieux grigou de Kovasz me fait payer bien cher.
- Je n'entends que le vent, et la chasse qui passe, déclame Elias, en faisant gronder sur les basses un sombre appel de cor : "...feuilles mortes... rameaux secs... mélodie imitative... - Tu es plus libre que les autres musiciens ; pourquoi ? - Qui sait de qui j'étais le fils ? ...Le diable a mené mon père en bien des alcôves... Es-tu amoureux, monsieur Hüls ? " Hüls relève pesamment une face déjà grise. Il fixe Elias de ses yeux vieillis. Elias reste interloqué. Michel désigne sur le mur "une image sainte", dit-il : une estampe représente un démon ridicule ; Elias hausse les épaules : "Nous avons trouvé cela en nous installant ici. - Celui qui gardera mon image en sa demeure, que sa demeure soit bénie. - Tu blasphèmes." Hüls ricane : un diable bien tourné ma foi, menaçant, mais impossible à prendre tout à fait au sérieux, et c'est peut-être là sa force, au Diable... (Elias lui a brûlé un jour des cierges, de l'encens, chipés à la sacristie – "mais d'om vient donc une odeur si bizarre ?" avait dit Rogomus en reniflant – et le Diable agitait doucement les cornes derrière les flammes...)
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03/02/2010
J'ai écrit ça, moi ? sans blague...
LE GRAND OEUVRE
chercher Philippovna, 10 09 2050
Thème : Un homme écrit sa lettre d'adieu. Il range ensuite soigneusement ses affaires. Il prend la micheline pour Eygurande.
Là-bas, il s'installe et meurt.
Développement :
Un homme à sa table. La tête dans les mains. Il médite les termes d'une lettre d'adieu ; puis il rassemble ses affaires, il prendra le train. Quarante-cinq – soixante-dix ans. Voûté. Debout, 1m 80 ? ni grand ni petit. S'il tournait la tête (ici de trois-quarts arrière) on verrait son épaisse moustache. Peut-être pas celle de Nietzsche. Sympa et bourru, ils sont nombreux comme ça - pour lui la fatigue, le soir, la vie. La journée derrière soi - ce qui fatigue le plus, la journée, ou la vie? En même temps, on ne veut pas se plaindre. On a sa fierté. Surtout, on s'est déjà tant plaint qu'il serait bon de retrouver enfin un peu de dignité. Disons de recul.
Un nom à cet homme, quitte à l'oublier souvent : quelque chose de convenu, de pas trop difficile : François, allez, Grossetti, comme le général ; une origine étrangère lointaine, qui remonte avant le grand-père, qui ne permette pas l'enfermement communautaire. Même, je me repens de lui donner un nom.
Une lettre d'adieu : c'est délicat ; les descendants liront cela. Ou qui voudra. Il a appris trop tard. Sa situation immédiate : tout ce qu'il comprend, une histoire de femme, pas de quoi fouetter... justement, pour un plus jeune, qui n'a pas besoin de vingt minutes de stimulations pour bander - un chat, un chat. Et lui aussi en a assez. Pas trop de souffrance, sinon de ce que souffrent tous les hommes de son âge. Peut-être y en a-t-il plus qu'on ne croit qui souffrent, même parmi ceux qui n'ont pas fait d'études, paraît-il privés de sensibilité, de lucidité... Les hommes-qui- n'ont-pas-étudié ne sauraient pas s'analyser, n'agiraient que dans la plus extrême sottise. N'est-ce pas que c'est idiot. De croire des choses comme ça.
Pour les femmes les choses se présentent différemment - il n'a pas connu beaucoup de femmes. Juste la sienne, ou à peu près, quelques putes ; quelques autres aussi naturellement, des vraies, dans la culpabilité, dans l'éphémère, dans le provisoire : pas envie de revivre. Il ne cherche pas d'autre femme. La vie ne l'intéresse plus comme avant, ce qui ne veut pas dire que tout intérêt soit mort ; d'autres centres d'intérêt se manifesteront - il n'est pas certain qu'il faille récapituler tout son passé - à vrai dire on se passerait bien d'ordinateur.
De lettre d'adieu. Ou de tout. Même de soi. On pourrait se passer de soi. De l'orgueil. De la pitié. Voici ses gestes : se lever dans l'appartement vide, retailler aux ciseaux ses moustaches devant la glace - la tête encore acceptable, une esquisse de fanons, des rides d'expression, des cheveux courts pas trop clairsemés, l'écran se met en veille. Les hommes, pendan la nuit, font des rêves. Pas les ordinateurs. Le frigo contient du fromage et des confitures. Trois pots de yaourts nature. Il en mange un. Il n'éprouve aucune tristesse. C'est un exercice : ne pas ressentir. Il ne pourrait vivre ici : c'est la première idée claire ; tout lui paraîtrait fade, rebattu, sans elle. Elle est partie sans regret, de part et d'autre.
« Je n'ai fait aucun effort » - telle est sa première parole : « Ni sport, ni modification d'emploi du temps ». Et "Thalassa" le vendredi.
10:30 Publié dans portnaouak | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01/02/2010
Le hussard sur le doigt
Plus loin, rencontre avec la nonne laveuse de cadavres :
"Deux griffes de petites moustaches noires agrafaient sa bouche de chaque côté.
- Qu'est-ce que tu veux ? dit-elle.
- Rien, dit Angelo."
Puis Angelo arrive sur la colline où l'attend son complice, Giuseppe, exilé comme lui en France. Il faut d'abord passer, de nuit, le long des feux qui brûlent les cadavres :
"Des feux s'allumèrent partout. C'étaient d'abord, tout proches, de hauts brasiers dont on voyait se tordre les flammes. Elles claquaient comme une danse de paysannes sur un parquet de bois."
Au pied de cette colline :
"On avait recouvert les morts et bouché les fosses avec de la chaux vive. Ces fosses, d'ordinaire, bouillottaient évidemment sous le jus des cadavres mais, arrosées et baignées par la pluie maintenant, elles bouillaient à gros bouillons comme d'infâmes soupes. On en entendait le grésillement, on en voyait la fumée, on en sentait l'odeur."
Plus loin, le hussard demande son chemin :
"On va où on veut.
- Est-ce qu'elle ne passe pas par Chauvac, ou Roussieux? Est-ce que vous connaissez un pays qui s'appelle Sallerans ? "
Plus loin, les religieuses retiennent les suspects d'être malades :
"Vous seriez allés leur porter les occasions.
Ce qui était un pieux mensonge car les villages des environs avaient été dévastés comme les autres villages. Et d'ailleurs leurs morts étaient morts, tout compte fait, plus commodément que ceux de la quarantaine avec, parfois, le secours d'un médecin, ou bien des drogues, en tout cas dans des lits et souvent dans des alcôves sombres qui leur épargnaient les souffrances supplémentaires de la vive lumière si douloureuse à la rétine des cholériques.
"On avait déjà perdu plus de vingt malades. Il avait fallu se gendarmer brutalement contre les survivants, surtout ceux de la famille des décédés."
Enfin :"En tout cas, il fallait passer par Saint-Dizier, puis les Laures et enfin Savournon ; après, à en juger par la distance qui restait encore à parcourir, il n'y avait plus qu'à demander Gap.
- D'ailleurs, dit l'homme, à ce moment-là vous serez déjà dans les montagnes.
"La mouche du choléra ne volait pas, paraît-il, au-dessus d'une certaine altitude."
Discours final, qui vous prouvera qu'il est beaucoup moins question d'amour dans le livre (car dans le film, l'intérêt amoureux est plutôt disproportionné pour attirer le grand public, ce qui me fait maintenir que, quelle que soit la réussite d'un film, le cinéma est à la littérature ce que la chansonnette est à la symphonie), et qu'il faudrait plutôt chercher des correspondances entre "Le Hussard sur le toit" et "La Peste" de Camus, mais je n'en finirais pas si je voulais mentionner tous les titres d'intérêt que j'ai sur l'œuvre de Giono :
"Toutefois, pour avoir uen connaissance même approximative de ces somptueuses panathénées, il faut d'abord se familiariser avec les paysages dans lesquels ces fêtes se déroulent. Le foie, la rate et le gésier dont je parlais tout à l'heure, c'est vite dit, mais, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est surtout avant d'être étalé sur le marbre des autopsies ? "
Il faut être Giono pour achever "Le Hussard sur le toit", cette épopée de la charogne et de la pureté forcenée, sur une tirade mystique et lyrique de la force de celle du pantagruélion de Rabelais...Bonne lecture, et longue, et fructueuse, et riche ! C'était notre dithyrambe partiel mais enflammé à propos du "Hussard sur le toit", de Jean Giono, le livre, Folio 240.
23:46 Publié dans lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : giono, choléra, religieuse


